Pourquoi le mal?

Mal

Si Dieu est tout-puissant et bon, alors pourquoi le mal existe ? Pourquoi y a-t-il tant de souffrances ? Dans sa somme théologique, à la question 2, article 3, saint Thomas d'Aquin dit : "Dieu n'est pas ; car, de deux contraires, si l'un est infini, l'autre est détruit d'une façon complète. Or, quand on prononce le mot Dieu, on l'entend d'un bien infini. Donc, si Dieu existait, il ne se trouverait plus de mal. Et il y a du mal dans le monde." Nous voyons donc l'importance du problème du mal. Celui-ci est sûrement la plus grande objection par rapport à l'existence de Dieu. C'est pour cela qu'il est important d'en dire quelques mots. Cependant, le christianisme, n'apporte pas de réponse directe à la question du mal, mais il donne quand même une réponse qui est unique!


Pourquoi Dieu ne peut-il pas éliminer le mal et la souffrance ?

Premièrement, on peut dire que Dieu est "impuissant" face à la liberté humaine. On peut dire que Dieu paie en quelque sorte tout ce qu'Il donne à l'être qu'Il a créé "à son image et à sa ressemblance". Il ne revient pas sur ce qu'Il a donné là. C'est pour cette raison qu'Il se laisse juger par l'homme, devant un tribunal sans légitimité qui Le provoque par ses questions : "Alors, tu es roi? " Autrement dit, "Tu prétends donc que tout ce qui se passe dans le monde, dans l'histoire d'Israël, dans l'histoire de toutes les nations, dépend de toi ?"

Nous connaissons la réponse du Christ lorsque Pilate, son juge, l'interroge ainsi : "Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. " Mais alors : "Qu'est-ce que la vérité ?" La procédure judiciaire s'arrête là. C'est le dramatique procès où, devant le tribunal de son histoire, l'homme accuse Dieu. Et le verdict n'est pas rendu dans le respect de la vérité. Pilate dit d'abord : "Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. " Et l'instant d'après, il ordonne : "Prenez-le, vous, et crucifiez-le." De cette manière, il se lave les mains, il élude la question qu'il a lui-même posée et il se défausse de toute la responsabilité sur la foule en furie.

Ainsi, la condamnation de Dieu par l'homme n'est pas fondée sur la vérité, mais sur un abus de pouvoir et un lâche complot. Cette condamnation ne découvre-t-elle pas la vérité de l'histoire de l'homme, la vérité sur notre siècle ? De nos jours, semblable condamnation n'a-t-elle pas été répétée par les innombrables tribunaux des régimes d'oppression totalitaire ? Et nous, n'avons-nous pas rendu des verdicts analogues au sein de nos parlements démocratiques, par exemple en condamnant l'être humain avant sa naissance, en vertu de lois régulièrement promulguées ?


Dieu dans le camp de ceux qui souffrent

Dieu est toujours dans le camp de ceux qui souffrent. Sa Toute-Puissance se manifeste justement dans sa libre acceptation de la souffrance. Il aurait pu ne pas le faire. Il aurait pu faire éclater sa Toute-Puissance au moment même du crucifiement. On le Lui proposait : "Que le Messie, le roi d'Israël, descende maintenant de la croix ; alors nous verrons et nous croirons." Mais Il n'a pas relevé le défi. Le fait qu'Il soit resté sur la Croix jusqu'à la fin, le fait qu'Il ait pu dire sur la Croix, comme tous ceux qui souffrent : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ", ce fait demeure donc comme l'événement le plus décisif dans l'histoire de l'homme. Si l'agonie de Dieu sur la Croix n'avait pas eu lieu, la vérité que Dieu est Amour serait restée suspendue dans le vide.

Oui, Dieu est Amour et c'est bien pour cela qu'Il a envoyé son propre Fils, pour révéler en Lui jusqu'où va l'Amour. Le christ est Celui qui "aima jusqu'au bout". "Jusqu'au bout" veut dire jusqu'au dernier souffle. "Jusqu'au bout" veut dire prenant sur Lui absolument toutes les conséquences du péché de l'homme. Comme l'avait prophétisé Isaïe : "Ce sont nos souffrances qu'il portait (...). Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin ; et le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous. "

L'"Homme de douleur" est la révélation de cet Amour qui "supporte tout", de cet Amour qui est "le plus grand". Il est la révélation du Dieu qui non seulement est Amour, mais "répand l'amour dans nos coeurs par l'Esprit Saint". Enfin, avec le Crucifié, l'homme qui participe à la Rédemption l'emporte en nous-mêmes sur l'homme qui prétend condamner la Sagesse divine à l'oeuvre dans sa propre vie et dans l'histoire de l'humanité.

Ainsi, chacun de nous se trouve au centre même de l'histoire du salut. Le jugement sur Dieu devient un jugement sur l'homme. La dimension divine et la dimension humaine de cet événement se rencontrent, se croisent et s'unissent. Comment ne pas en être saisi! Du mont des Béatitudes, le chemin de la Bonne Nouvelle conduit à celui du Golgotha. Il passe par le Thabor, la montagne de la Transfiguration. Le Scandale du Golgotha constitue un défi si énorme que Dieu Lui-même a voulu prévenir les apôtres de ce qui allait se passer du Vendredi Saint au Dimanche de Pâques.


Message du Vendredi Saint

Le message définitif du Vendredi Saint est le suivant : homme, toi qui juges Dieu, toi qui Le sommes de se justifier devant ton tribunal, regarde-toi : ne serais-tu pas responsable de la mort de ce Condamné ? Quand tu juges Dieu, n'est-ce pas en réalité toi-même que tu juges ? Réfléchis bien : ce verdict et son dénouement - la croix suivie de la résurrection - ne demeurent-ils pas désormais la seule voie qui puisse te mener au salut ?

Quand l'ange Gabriel annonce à la Vierge de Nazareth la naissance du Fils en révélant que "Son Règne n'aura pas de fin ", il est certes difficile de prévoir que ces paroles annoncent de tels événements ; que le Règne de Dieu dans le monde s'établira à un tel prix; qu'à partir de ce moment, l'histoire du salut de l'humanité tout entière devra suivre le chemin de la Croix.

À partir de ce moment seulement ? Ou bien à partir du commencement même ? Ce qui est arrivé sur le Golgotha est un fait historique. Mais il n'est pas limité dans l'espace et le temps. Il remonte dans le passé jusqu'à l'origine du monde et il ouvre l'avenir jusqu'à la fin de l'Histoire. Il récapitule toute l'humanité de tous les lieux et de toutes les époques. Le Christ est ce que l'humanité attend et en même temps Il en est l'achèvement. " Et son Nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver. "

Le christianisme est une religion du salut, c'est-à-dire sotériologique, si nous utilisons le langage de la théologie. La sotériologie chrétienne est contenue dans le Mystère pascal. Pour espérer être sauvé en Dieu, l'homme doit s'arrêter au pied de la Croix du Christ. Ensuite, le dimanche qui suit le Samedi Saint, il doit se trouver devant le tombeau vide et entendre ce qui a été dit aux femmes de Jérusalem : "Il n'est pas ici, car il est ressuscité." De la croix à la Résurrection se fait jour la certitude que Dieu sauve l'homme, qu'Il le sauve par le Christ pas sa Croix et sa Résurrection."