Le sens de la Résurrection

Jésus ressuscité


Confirmation de l'identité filiale de Jésus

Jésus s'est présenté comme " le Fils " par excellence à l'égard de Dieu qu'il appelait son Père en un sens privilégié. Était-ce une imposture ou le signe d'un trouble mental ? Dans le conflit qui l'a opposé aux chefs religieux de son peuple, qui avait raison et qui avait tort ? De quel côté était la justice ? De quel côté en définitive, se trouvait Dieu ? En n'intervenant pas lors que la crucifixion, Dieu n'avait-il pas donné raison aux adversaires de Jésus ? Malgré le témoignage exceptionnel que ce dernier avait donné dans sa manière de mourir et qui avait fait " craquer " tant de témoins, un doute ne pouvait pas ne pas peser sur le soir du vendredi saint sur le vrai rapport de Jésus à Dieu.

La Résurrection de Jésus, attribuée dans le Nouveau Testament à l'action toute-puissante du Père, vient trancher divinement le débat. Car nous changeons de registre dans la nature du témoignage. Celui que Jésus avait précédemment donné s'inscrivait dans le partage de notre condition de vie. Il employait notre langage et faisait tout pour se faire comprendre de nous. Désormais, le témoignage donné est celui de la transcendance divine. C'est un tout autre langage, si fort que nous ne pourrions ni le comprendre ni l'accepter s'il ne venait au terme de l'itinéraire de Jésus. Privée de ce contexte, la Résurrection de Jésus n'a pas de sens ni de crédibilité. Elle n'est la Résurrection de personne; elle se ramène à une sorte de magie.

Au contraire, dans son lien avec l'existence de Jésus, son message, sa manière de vivre et de mourir, la Résurrection prend valeur de signature divine de l'itinéraire humain de Jésus. De son côté, Jésus en avait scellé le sens dans sa mort pour le Père et pour ses frères. En réponse, Dieu scelle cette existence en montrant qu'elle débouche sur la vie. La Résurrection sera reçue dans l'Église comme la grande preuve de la divinité de Jésus, puisque celui-ci avait revendiqué cette filiation et qu'elle se trouve confirmée.

La Résurrection nous dit aussi que la voie de l'amour, suivie inconditionnellement par Jésus jusqu'au don de sa vie, n'est pas une voie sans issue, une sorte de cul-de-sac qui ne déboucherait sur rien. La voie de l'amour est aussi la voie de la vie, parce qu'elle est la voie de la vérité.


La Résurrection, c'est la Vie

" La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant ", dira plus tard Irénée de Lyon. Cette parole se vérifie d'abord dans la Résurrection de Jésus. Dieu a voulu que Jésus soit rendu à la vie, à une vie plénière pour que tout homme puisse vivre. C'est là qu'il met sa gloire, c'est-à-dire sa propre beauté. La Résurrection est belle en un sens évidemment différent de la mort de Jésus. Cependant, c'est la même beauté qui de secrète devient éclatante. C'est cette même beauté que cherchent à représenter les crucifix où Jésus apparaît déjà ressuscité.

La Résurrection de Jésus, c'est donc la victoire de la vie sur la mort. Victoire bien exceptionnelle, dira-t-on, au regard de la défaite universelle. Sans doute, mais cette victoire n'est pas l'exception qui confirme la règle, mais la révélation que ce qui est arrivé à Jésus est pour nous. Autrement dit, la Résurrection de Jésus est la promesse de la nôtre. Elle nous donne l'image même de ce que nous sommes appelés à devenir. Elle est le symbole concret de ce que nous mettons sous le mot " salut ", puisque pour nous, être sauvés, c'est vivre, vivre intensément et toujours, dans une vie d'amour. Nous vivrons en Dieu éternellement de la vie que manifeste Jésus. Sa destinée sera la nôtre. Elle nous dit que l'ordre universel de la mort est déjà vaincu en celui qui prend la tête de l'humanité pour la conduire vers la Résurrection de la fin des temps. Si l'on peut dire, la Résurrection de Jésus, c'est la garantie-or des promesses qui nous sont faites.

Tout désormais a changé de sens. Un avenir nouveau s'ouvre dans une espérance neuve. Ce qu'a annoncé Jésus, le Royaume de Dieu pour les hommes, ce qu'il a vécu, ce qu'il a accompli de manière encore fugace en guérissant les malades et en distribuant le pain, tout cela est désormais donné, pour peu que nous voulions le recevoir.

Mais cette promesse n'est pas un " opium du peuple ". Elle est déjà un don qui sollicite toutes les énergies humaines pour la construction d'une société juste, libre et fraternelle. Elle produit ses propres arrhes dans notre vie terrestre. Elle est secrètement présente, chaque fois qu'une personne ou un groupe humain se trouve libéré d'une situation intolérable, d'une injustice ou d'une oppression, d'une grave maladie, d'un trouble psychologique grave ou aliénant. La force de la Résurrection s'exprime à travers tous ceux qui ont la générosité de donner à leur tour, avec et comme le Christ, leur vie pour la justice et la vérité.

La Résurrection est enfin une " déclaration de paix " aux hommes, comme on parle trop souvent, hélas, de déclaration de guerre. Désormais, Dieu ne nous regarde " qu'à travers la face de son Fils " (Sainte Thérèse de l'Enfant- Jésus).


La signification du tombeau vide

Le tombeau vide n'est pas à lui seul une preuve de la Résurrection. Il n'est pas non plus le premier objet de la foi en celle-ci, qui va infiniment plus loin. Cependant, situé à sa place, à l'intérieur du message de la Résurrection, le tombeau vide garde une importance capitale. Car il est la seule trace de la Résurrection, toute négative d'ailleurs, qui puisse être observée dans la réalité physique de notre monde. " Par rapport à l'univers phénoménal la Résurrection est disparition " (E. Pousset). Mais cette trace mystérieuse et inexplicable doit exister, pour pouvoir affirmer un minimum de continuité entre le corps humain de Jésus et sons statue de ressuscité. "Le kérygme de la Résurrection n'aurait pas pu tenir un jour ni une heure à Jésuraslem, si le vide du tombeau n'avait pas été un fait bien assuré pour tous les intéressés. "

La conception juive de l'homme, en effet, n'est pas ouverte à la perspective de l'immortalité de l'âme de la philosophie grecque, car pour elle le corps est la personne même. C'est la personne tout entière de Jésus qui est ressuscitée, celle qui avait assumé notre condition et était entrée dans le réseau des communications humaines à travers son être-corps. Dans la prédication de la Pentecôte, Pierre en appelle au fait que le Christ " n'as pas été abandonné au séjours des mort et [que] sa chair n'a pas connu la décomposition " (Ac 2,31). C'était à l'époque " un préalable à la possibilité de confesser la Résurrection " (M. Deneken).

Dans la cohérence de la foi, le tombeau vide a une triple signification symbolique (M. Deneken) : la pierre roulée signifie la victoire de Dieu sur les forces de la mort et l'ouverture du séjour des morts, ce que la tradition juive appelait le shéol. Elle oriente vers l'espérance de la manifestation définitive du Christ. De même, les linges laissés au tombeau " représentent un vieux vêtement usée " et la " libération de Jésus des liens de la mort par le Dieu de Pâques ". Le tombeau vide est enfin un signe annonciateur du retournement du monde à la fin des temps. Il nous dit que la figure de ce monde n'est pas sa réalité ultime et que la loi de la corruption n'est pas le dernier mot de la condition humaine, puisqu'en la personne de Jésus, la cosmos a déjà connu une première et discrète déchirure, dont l'achèvement doit rendre l'univers transparent à la vie de Dieu.